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Attaque de Smara: quand Alger joue les équilibristes entre Sahara et Sahel

Attaque de Smara: quand Alger joue les équilibristes entre Sahara et Sahel
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L’attaque revendiquée par le Front Polisario près de Smara au sud du Maroc, la dégradation rapide de la situation sécuritaire au Mali et la multiplication des tensions diplomatiques régionales replacent désormais l’Algérie au centre des foyers d’instabilité qui traversent le Sahara et le Sahel. Derrière les discours officiels appelant au dialogue et à la stabilité régionale, une réalité géopolitique plus brutale apparaît, Alger demeure l’un des principaux moteurs politiques, logistiques et idéologiques des fractures qui alimentent aujourd’hui l’insécurité régionale.

Le problème ne réside plus uniquement dans le soutien historique de l’Algérie au Front Polisario. Cette implication est documentée depuis plusieurs décennies. Hébergement à Tindouf, soutien diplomatique permanent, appui logistique et protection politique dans les forums internationaux ont installé Alger comme acteur direct du conflit du Sahara. Malgré cela, les autorités algériennes continuent de tenter d’imposer une fiction diplomatique consistant à se présenter comme simple « observateur » d’un conflit qu’elles alimentent pourtant politiquement, militairement et médiatiquement depuis les années 1970.

Cette ambiguïté devient aujourd’hui beaucoup plus difficile à défendre à mesure que les crises sahéliennes et sahariennes commencent à se rejoindre.

L’attaque menée près de Smara le 25 avril intervient dans une période de tension régionale particulièrement sensible. Quelques jours plus tard, les violences s’intensifient au Mali avec des offensives coordonnées attribuées au JNIM et à des groupes séparatistes actifs dans le nord du pays. Bamako accuse depuis plusieurs mois Alger d’ingérences répétées et de soutien indirect à des acteurs hostiles à la stabilité malienne.

Ces accusations ne surgissent pas dans un vide politique. Les relations entre le Mali et l’Algérie connaissent une détérioration profonde depuis l’effondrement progressif des accords d’Alger de 2015. Les autorités maliennes reprochent désormais ouvertement à Alger de maintenir des liens ambigus avec certaines composantes séparatistes touarègues et de transformer le nord sahélien en espace de pression régionale.

La géographie joue ici un rôle central. L’Algérie partage plus de 1.300 kilomètres de frontière avec le Mali. Cette profondeur territoriale place Alger dans une position décisive concernant les circulations humaines, les flux logistiques et les réseaux armés qui traversent le Sahara central.

Or plusieurs rapports sécuritaires régionaux évoquent régulièrement la présence de combattants, de trafiquants et de réseaux armés transitant depuis le territoire algérien ou bénéficiant d’espaces de repli proches des frontières sud du pays. Les autorités algériennes rejettent systématiquement ces accusations, mais la répétition des tensions avec Bamako, combinée à la persistance des violences au Sahel, alimente un climat de suspicion croissant dans plusieurs capitales africaines.

Le cas du Polisario constitue d’ailleurs l’exemple le plus visible de cette politique régionale fondée sur l’entretien de foyers de tension périphériques. Depuis des décennies, Alger maintient artificiellement la survie politique et militaire du mouvement séparatiste malgré les transformations diplomatiques internationales autour du Sahara marocain.

La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara en 2020, suivie par l’ouverture de nombreux consulats africains et arabes à Laâyoune et Dakhla, a profondément modifié les équilibres diplomatiques régionaux. Face à cette évolution, Alger semble avoir durci sa stratégie régionale.

Le maintien d’un conflit gelé au Sahara représente pour le pouvoir algérien un outil politique majeur. Cette crise permet d’entretenir une logique de confrontation permanente avec le Maroc, de mobiliser un discours nationaliste interne et de préserver un rapport de force régional hérité de la guerre froide.

Mais cette stratégie produit aujourd’hui des effets beaucoup plus larges. Le Sahel traverse une phase d’effondrement sécuritaire où les groupes armés circulent entre trafics, séparatismes et organisations jihadistes. Dans cet environnement fragmenté, les zones grises entretenues depuis des années dans l’espace sahélo-saharien deviennent des accélérateurs d’instabilité.

Plusieurs observateurs sécuritaires africains considèrent désormais que la séparation entre les foyers de crise du Sahara et ceux du Sahel devient artificielle. Les mêmes espaces désertiques servent de couloirs de circulation aux armes, aux trafics et aux groupes armés. Les mêmes fragilités frontalières alimentent les crises régionales. Et les mêmes rivalités géopolitiques empêchent l’émergence d’une réponse collective africaine cohérente.

L’Algérie porte une responsabilité particulière dans cette situation parce qu’elle dispose des moyens politiques, militaires et territoriaux capables d’influencer directement ces équilibres.

Son soutien au Polisario a contribué pendant des décennies à militariser durablement la question saharienne. Son conflit diplomatique ouvert avec le Mali fragilise davantage la coopération sécuritaire régionale. Son rapport ambigu à certaines composantes séparatistes sahéliennes nourrit enfin une méfiance croissante chez plusieurs gouvernements africains.

Le paradoxe est désormais visible : Alger affirme défendre la stabilité régionale tout en soutenant des acteurs ou des mécanismes qui prolongent les fractures sécuritaires du Sahara et du Sahel.

Cette contradiction devient d’autant plus problématique que l’Afrique de l’Ouest traverse une phase de recomposition géopolitique majeure. Les États sahéliens cherchent à reprendre le contrôle de leurs territoires, à réduire les influences extérieures et à reconstruire des souverainetés sécuritaires fragilisées depuis plus d’une décennie.

Dans cette nouvelle configuration, les stratégies régionales fondées sur l’entretien de conflits périphériques apparaissent de plus en plus dangereuses.

Car les crises sahéliennes ne restent jamais confinées aux frontières désertiques. Elles affectent les corridors commerciaux, aggravent les déplacements de populations, perturbent les investissements régionaux et accélèrent l’économie informelle transfrontalière.

Le Sahara et le Sahel sont devenus des espaces interconnectés où chaque foyer de tension finit par produire des répercussions régionales.

L’Algérie ne peut donc plus prétendre être extérieure aux conséquences d’un système conflictuel qu’elle contribue elle-même à alimenter par son soutien constant au Polisario, ses tensions avec Bamako et son rôle central dans les équilibres sahélo-sahariens.