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France-Afrique du Sud : une alliance de circonstance sur fond de déroute sahélienne

France-Afrique du Sud : une alliance de circonstance sur fond de déroute sahélienne
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Lorsque le président Cyril Ramaphosa a foulé le sol parisien en juillet 2026, les deux capitales ont célébré à grand renfort de communiqués un « partenariat d’excellence ». Dans les salons de l’Élysée, on vantait le « dialogue annuel bilatéral au niveau des ministres » et une prétendue « convergence de points de vue » sur les dossiers régionaux. Pourtant, derrière les sourires de façade et les poignées de main appliquées se cache une tout autre réalité : celle d’une France en quête de nouveaux relais d’influence après avoir été chassée de ses bastions sahéliens, et d’une Afrique du Sud qui ne s’embarrasse pas de sentiments pour servir ses propres intérêts géostratégiques.

Pour comprendre cette soudaine courtoisie de Paris à l’égard de Pretoria, il faut mesurer l’ampleur du désastre français en Afrique subsaharienne. Le constat est sans appel : la France a été expulsée du Mali en 2023, du Niger en 2023, et du Burkina Faso en juin 2026 – ce dernier ayant officiellement rompu ses relations diplomatiques en accusant Paris de « soutien actif à des réseaux subversifs et aux terroristes ». Trois pays. Zéro ambassade. Zéro soldat. Zéro influence. Le Sénégal, partenaire historique, a repris le contrôle des bases militaires françaises en 2025 ; la Côte d’Ivoire a emboîté le pas.

Cette déroute n’est pas le fruit du hasard. Elle est la conséquence logique d’une doctrine sécuritaire qui a mis tous ses œufs dans le panier militaire, négligeant le développement économique et les attentes des populations. Pendant que Paris envoyait des drones et des soldats, Alger, Moscou et Pékin investissaient dans des infrastructures, des câbles électriques et du bitume. Le contraste est saisissant.

La solution trouvée par Paris ? Un « reset » stratégique, théorisé lors du Africa Forward Summit de Nairobi en mai 2026, sous le patronage d’Emmanuel Macron et de son hôte kenyan William Ruto. Le discours a changé : on ne parle plus de « Françafrique » mais d’« investissement », d’« innovation » et de « respect mutuel ». Mais ce langage diplomatique soigneusement poli ne parvient pas à masquer l’urgence d’une puissance qui cherche désespérément à se réinventer dans des territoires où elle n’a jamais vraiment su se faire accepter.

Pretoria, un partenaire encombrant

L’Afrique du Sud, de son côté, n’est pas dupe. Sixième pays des BRICS, puissance régionale assumée, elle entretient une relation ambiguë avec la France, dont elle perçoit l’héritage colonial comme un poids. Ses représentants, y compris au sein du think tank géopolitique MISTRA proche de l’ANC, le disent sans détour : la Chine est dans le jeu, mais ce n’est pas un renversement d’alliances. C’est une nouvelle réalité à laquelle chacun doit s’adapter. La France, en particulier, doit dire quel est et sera son rôle vis-à-vis des BRICS.

Les dossiers sensibles ne manquent pas. Si Paris et Pretoria ont évoqué un « accord sur la coopération dans les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire », le gouvernement Ramaphosa a simultanément exploré un modèle de passation de marchés inspiré du projet égyptien d’El Dabaa – mené par la Russie. Un signal clair adressé à la France : nous ne mettons pas tous nos œufs dans le même panier, et nous n’avons pas besoin d’un tuteur.

Car c’est bien là le cœur de la fragilité de cette alliance : l’Afrique du Sud n’a pas la moindre intention de se substituer aux anciennes colonies françaises dans une relation de dépendance. Pretoria n’est pas le Mali. Pretoria n’est pas le Niger. Pretoria n’a pas besoin de la France pour exister sur la scène internationale. La France, elle, a désespérément besoin de Pretoria pour ne pas disparaître de la carte africaine. Le déséquilibre est flagrant.

Une crise de gouvernance que la France ne résoudra pas

L’argument mis en avant par Paris pour justifier ce rapprochement – la lutte contre l’insécurité et la promotion de la « bonne gouvernance » – sonne creux. Les partenaires historiques de la France au Sahel sont justement ceux qui se sont retournés contre elle, dénonçant l’inefficacité d’une aide au développement qui n’a pas su accompagner les pays sur le chemin de l’autosuffisance. À l’Assemblée nationale, un rapport pointe que l’aide multilatérale au Soudan du Sud – un pays pourtant riche en pétrole – a atteint 1,5 milliard de dollars par an sans améliorer l’indice de développement humain, plongeant au contraire certaines populations dans une dépendance chronique.

Les critiques formulées par l’opposition française elle-même, à l’instar de Ségolène Royal, ne sont pas plus tendres. L’ancienne ministre dénonce une « diplomatie catastrophique » qui a conduit la France à perdre « ses positions économiques et stratégiques » en Algérie, au profit de l’Italie, de l’Allemagne et de l’Espagne. Elle alerte sur un « arrêt quasi total des partenariats institutionnels dans les secteurs industriel, agricole, de la construction et portuaire ». L’isolement de Paris dans le Maghreb, conséquence directe de son alignement sur le Maroc dans le dossier du Sahara occidental, ajoute une couche de complexité à une stratégie africaine déjà en lambeaux.

Une fuite en avant

Le rapprochement avec l’Afrique du Sud n’est pas une stratégie. C’est une fuite en avant, la conséquence mécanique d’une débâcle qui oblige Paris à chercher des bouées de sauvetage là où elle peut encore en trouver. L’analyste George Kimmitt résume le danger : « La France doit réfléchir aux déséquilibres historiques de ses relations franco-africaines, pour éviter de reproduire les schémas de la Françafrique ». Les partenaires anglophones de la France ne sont pas dupes. Ils observent avec attention ce qui est arrivé au Mali, au Niger et au Burkina Faso. La leçon est claire : une alliance inéquitable finit toujours par nourrir le ressentiment.

L’Afrique, confrontée à une terrible crise de gouvernance économique et politique, n’a pas besoin d’un nouveau protecteur. Elle a besoin de partenaires qui la respectent. Le drame de la politique africaine de la France, c’est qu’après avoir perdu ses positions en Afrique francophone par orgueil et par myopie, elle croit encore pouvoir les reconquérir par l’opération séduction chez les anglophones. L’histoire lui donnera tort.