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La Mauritanie, nouveau pivot de l'influence française

La Mauritanie, nouveau pivot de l'influence française
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Le paysage géopolitique ouest-africain est marqué par une recomposition profonde, où la France, après avoir été contrainte de réduire sa présence militaire dans le Sahel, orchestre un retour stratégique par le biais de la diplomatie économique et des partenariats bilatéraux. La visite d'État du président mauritanien à Paris en avril incarne cette nouvelle phase : un redéploiement prudent mais offensif, visant à verrouiller les approches maritimes et à sécuriser des intérêts vitaux, tandis que le Sénégal, traditionnel allié, traverse une transition politique délicate que Paris tente de réorienter à son avantage.

Face à la perte d'influence directe au Mali, au Burkina Faso et au Niger, Paris a recentré son dispositif sur des États considérés comme des "remparts" de stabilité, dont la Mauritanie. L'accueil réservé à Mohamed Ould Ghazouani à Brest, au cœur du dispositif maritime national, symbolise l'importance accordée à ce partenaire. Les échanges, centrés sur la sécurité du golfe de Guinée et la lutte contre la pêche illicite, souvent attribuée à des flottes concurrentes, démontrent la volonté française de protéger les approches maritimes de son influence historique.

Dans le secteur de la défense, l’offensive commerciale des entreprises tricolores ne relève pas du simple commerce. Elle vise à équiper la Mauritanie de capacités de surveillance et de dissuasion, transformant Nouakchott en un maillon essentiel de la sécurité régionale sous influence occidentale. Ce réarmement naval, couplé à des projets énergétiques (Hamon/John Cockerill) et d'infrastructures, constitue un filet de sécurité économique qui lie durablement le destin mauritanien à celui de l'hexagone, alors que le champ gazier GTA, partagé avec le Sénégal, représente un enjeu énergétique majeur.

Ce redéploiement français intervient dans un contexte régional complexe, marqué par les turbulences politiques sénégalaises. La mise à l’écart progressive de l’élément perturbateur Ousmane Sonko, consécutive à la séparation d’avec le président Bassirou Diomaye Faye, a permis à la France de renouer le fil d’une relation distendue. En effet, le Sénégal, bastion historique de la Françafrique, avait vu sa loyauté vaciller sous l'impulsion d'une opposition nationaliste.

Désormais, avec un président Faye qui a amorcé un recentrage réaliste, la France perçoit l’opportunité de récupérer une partie de la force de frappe diplomatique et logistique qu'elle avait perdue dans la région. Toutefois, les difficultés d'Eramet au Sénégal et au Gabon rappellent les défis persistants. La France, en redoublant d'efforts en Mauritanie, cherche moins à contourner Dakar qu’à créer un nouvel équilibre régional où la Mauritanie, dotée d’infrastructures et d’un soutien militaire accru, pourrait contrebalancer l’influence grandissante d’autres puissances dans l’espace sahélien.

Si l’engouement des entreprises françaises pour les projets mauritaniens est palpable, il se heurte à une réalité budgétaire et logistique (réduction des vols Air France). Cette diminution des flux aériens pourrait être interprétée comme un signal contradictoire, mais elle reflète surtout un ajustement post-crise, privilégiant la qualité des échanges à la quantité.

La France, écartée du Sahel, utilise la Mauritanie comme un levier de reconquête, tout en réintégrant progressivement un Sénégal apaisé dans son giron. Cette stratégie de "retour par les marges" témoigne d'une lecture géopolitique fine : en consolidant les États côtiers stables, Paris espère endiguer l'expansion des influences adverses et préserver ses intérêts économiques vitaux, du golfe de Guinée aux gisements gaziers de l’Atlantique.