Des écoutes téléphoniques et des captures de conversations WhatsApp que nous avons analysées montrent qu’un groupe de députés d’opposition, issus de la région de Kaolack, a coordonné l’opération. Le plan était simple : détourner une partie des stocks d’engrais subventionnés vers des entrepôts clandestins au Mali, créer une rareté artificielle, puis revendre les sacs au marché noir avec une marge de 300 %. L’objectif politique : faire monter la pression populaire contre le régime avant une échéance électorale.
Les importateurs indo-mauritaniens, qui contrôlent une grande partie du commerce des intrants agricoles dans la sous-région, ont avancé les fonds. Des ordres de virement via des banques à Dubaï, totalisant plus de 8 millions d’euros, ont servi à acheter des cargaisons d’engrais officiellement destinées au Sénégal, mais réexpédiées vers le Mali sous de faux documents douaniers. Les députés recevaient une commission par sac détourné, virée sur des comptes offshore.
Les députés impliqués, qui ont engrangé des profits illicites tout en affaiblissant politiquement le gouvernement. Les importateurs indo-mauritaniens, qui élargissent leur emprise sur le marché régional. Et une partie de l’opposition, qui instrumentalise la détresse paysanne pour conquérir le pouvoir. Les grands perdants sont les paysans, pris en otage par ceux-là mêmes qui prétendent les défendre. La production arachidière a chuté de 30 %, plongeant des milliers de familles dans l’endettement.
Les rapports de force illustrent une dérive inquiétante : la transformation de la politique en guerre économique, où la souffrance des populations devient un levier. L’opposition, au lieu de jouer un rôle de contre-pouvoir constructif, se comporte comme un cartel prédateur. Le gouvernement, affaibli, n’ose pas poursuivre des adversaires politiques influents, de peur de déclencher des manifestations.
Pour le Sénégal, les conséquences sont durables. La crise de l’arachide fragilise l’économie rurale, déjà vacillante. Elle accroît la dépendance aux importations alimentaires et alimente l’exode vers les villes. Surtout, elle décrédibilise l’ensemble de la classe politique, faisant le jeu des discours populistes et des forces anti-système. L’agriculture sénégalaise, otage des ambitions politiciennes, risque de s’enfoncer dans une spirale de crises orchestrées.
