L’accord initial, signé en 2018, prévoyait une répartition égalitaire des revenus. Pourtant, un avenant confidentiel, négocié en 2021 sans que le Parlement sénégalais n’en soit informé, a modifié en profondeur la clé de répartition des coûts de développement. La Mauritanie a obtenu que les dépenses d’infrastructure soient imputées de manière asymétrique, avec un abattement fiscal massif pour BP sur sa part. Résultat : les recettes nettes pour le Sénégal seront amputées de près de 30 % par rapport aux promesses initiales.
BP, opérateur principal, a tout intérêt à minimiser ses charges. Pour cela, le groupe britannique s’est appuyé sur des intermédiaires mauritaniens, anciens ministres et conseillers, reconvertis en consultants grassement rémunérés. Des paiements suspects, transitant par une fiduciaire de Guernesey, ont été identifiés. Les bénéficiaires finaux sont des proches du régime de Nouakchott. Pendant ce temps, la partie sénégalaise, représentée par la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen), a été tenue à l’écart des discussions techniques, sous prétexte d’un manque d’expertise.
Les rapports de force sont asymétriques. BP, géant pétrolier aux moyens juridiques colossaux, a imposé un arbitrage à Londres pour tout litige, neutralisant de facto la justice sénégalaise. La Mauritanie, pays moins peuplé mais doté d’une élite experte en négociations gazières, a joué de sa position de « première entrée en production » pour verrouiller les décisions. Le Sénégal, malgré ses ambitions de hub énergétique, s’est révélé naïf et mal préparé.
Les implications pour l’Afrique sont nombreuses. Le cas GTA préfigure les difficultés de la gouvernance des ressources transfrontalières. Faute d’une autorité régionale de contrôle, les majors pétrolières peuvent jouer les États les uns contre les autres, imposant des conditions inéquitables. Pour le Sénégal, le manque à gagner se chiffrera en milliards de dollars sur la durée de vie du gisement, limitant sa capacité à financer des programmes sociaux ou sa transition énergétique.
À moyen terme, la colère monte dans l’administration sénégalaise. Une partie de la classe politique, y compris dans l’opposition, réclame la renégociation de l’accord. Mais l’arbitrage londonien rend toute contestation longue et coûteuse. La question stratégique est de savoir si Dakar osera s’engager dans un bras de fer judiciaire avec une major pétrolière et un voisin mauritanien, au risque de faire fuir les investisseurs.
