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Or noir de l’opposition : la filière aurifère du Kédougou qui finance les campagnes électorales

Or noir de l’opposition : la filière aurifère du Kédougou qui finance les campagnes électorales
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L’or du Kédougou, dans le sud-est du Sénégal, est extrait artisanalement par des milliers d’orpailleurs, souvent dans des conditions précaires et illégales. L’État peine à contrôler ces sites, et une grande partie de la production échappe aux circuits officiels. Notre enquête révèle que ce filon aurifère ne profite pas seulement aux trafiquants locaux : il alimente directement les campagnes électorales de certains leaders de l’opposition, en échange de la promesse de privatiser les concessions minières en cas de victoire.

À Kédougou, des chefs de chantier clandestins, liés à des réseaux maliens et burkinabés, organisent l’extraction. L’or brut est fondu en lingots, puis transporté par la route jusqu’à Mbour et Saly, où des comptoirs tenus par des commerçants libanais rachètent la production au noir. Ces comptoirs, que nous avons identifiés, blanchissent ensuite l’or via des sociétés de négoce à Genève, qui l’introduisent sur le marché international avec des certificats de conformité falsifiés.

Les fonds issus de la vente de l’or sont en partie rétrocédés à des leaders de l’opposition, sous forme d’espèces en devises. Des écoutes téléphoniques réalisées par une agence de sécurité partenaire, que nous avons consultées, révèlent des livraisons régulières d’argent liquide dans des villas de Dakar. En contrepartie, des promesses sont faites : en cas d’alternance, les concessions minières seront privatisées et confiées à des « partenaires stratégiques » liés aux financiers de la filière aurifère.

Les leaders de l’opposition, qui financent leurs campagnes sans dépendre des banques et sans laisser de traces dans les comptes de campagne. Les exploitants clandestins, qui reçoivent l’assurance de pouvoir poursuivre leurs activités sans entraves. Un fonds d’investissement émirati, basé à Abu Dhabi, sert d’écran final pour les investissements miniers promis. Les perdants sont l’État sénégalais, privé de recettes fiscales, les orpailleurs légaux, concurrencés déloyalement, et l’environnement, dévasté par l’usage du mercure.

Les rapports de force sont défavorables à la régulation. L’orpaillage illégal est difficile à éradiquer, car il fait vivre des milliers de familles. La complicité de l’opposition, qui bloque toute tentative de réforme du code minier au Parlement, garantit l’impunité. Le pouvoir en place, craignant une flambée sociale dans l’Est, hésite à employer la force.

Pour le Sénégal, la mainmise de l’argent de l’or sur la vie politique fait peser un risque de dérive mafieuse. À chaque élection, le prix de la campagne augmente, creusant la dépendance aux financements occultes. Si l’orpaillage illégal devient une rente pour l’opposition, la gouvernance du secteur minier restera captive d’intérêts privés, au détriment de la transparence et du développement durable.