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Pegasus: quand l’accusation contre le Maroc ne résiste plus aux exigences de la preuve

Pegasus: quand l’accusation contre le Maroc ne résiste plus aux exigences de la preuve
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Cinq ans après la première vague de publications consacrées au logiciel Pegasus, plusieurs médias internationaux relancent un dossier qui avait déjà suscité de vifs débats. Cette nouvelle séquence médiatique ambitionne d'apporter des éléments présentés comme décisifs concernant une implication présumée du Maroc. Pourtant, une lecture attentive montre que cette seconde offensive repose davantage sur une construction narrative que sur des preuves nouvelles susceptibles de satisfaire les standards d'une enquête journalistique rigoureuse ou d'une démonstration judiciaire.

Les révélations présentées comme inédites ne s'appuient ni sur des documents officiels authentifiés, ni sur des décisions judiciaires, ni sur des expertises techniques indépendantes établissant de manière incontestable une responsabilité étatique.

L'essentiel du récit repose sur le témoignage anonyme d'une personne présentée comme un ancien membre des services de renseignement marocains.

Or, dans toute enquête sérieuse, le recours à une source anonyme ne constitue jamais une preuve en soi. Il s'agit d'un point de départ qui exige des vérifications indépendantes, des recoupements multiples et des éléments matériels permettant de corroborer les déclarations avancées.

En l'absence de ces vérifications, une affirmation demeure une affirmation, quelle que soit la notoriété du média qui la publie.

Les démocraties modernes ont construit leur crédibilité sur un principe simple : toute accusation doit pouvoir être démontrée.

Qu'il s'agisse de journalisme d'investigation, de procédures judiciaires ou d'enquêtes parlementaires, la charge de la preuve appartient toujours à celui qui accuse.

Dans le cas présent, plusieurs démonstrations reposent sur des raisonnements indirects, des interprétations techniques ou des déductions dont la solidité reste largement discutée.

Attribuer une opération de cyberespionnage à un État constitue l'un des exercices les plus complexes en matière de cybersécurité.

Les agences spécialisées reconnaissent elles-mêmes que l'attribution exige généralement une accumulation d'indices techniques, de renseignements humains, d'éléments contextuels et, idéalement, de preuves documentaires.

Aucune de ces exigences ne semble pleinement satisfaite dans cette nouvelle publication.

Le risque de l'auto-validation

L'une des critiques méthodologiques les plus importantes concerne le caractère circulaire du raisonnement.

Certaines conclusions actuelles s'appuient sur des hypothèses formulées lors des publications de 2021, lesquelles servent ensuite à confirmer les nouvelles affirmations.

Une démonstration scientifique ne peut pourtant pas utiliser ses propres hypothèses comme preuve de leur validité.

Une telle approche fragilise considérablement la crédibilité de l'ensemble du raisonnement.

Depuis plusieurs années, le Royaume a engagé une transformation profonde de ses institutions.

Réformes constitutionnelles, consolidation des mécanismes de contrôle, modernisation du système judiciaire, coopération avec les partenaires internationaux en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme : ces évolutions ont progressivement renforcé le cadre institutionnel marocain.

Comme toute démocratie, le Maroc fait naturellement l'objet de débats, de critiques et d'évaluations internationales.

Mais ces critiques doivent elles-mêmes respecter un principe fondamental : celui de l'objectivité et de la démonstration.

La réputation d'un État ne peut être remise en cause sur la base d'hypothèses insuffisamment étayées.

Une architecture sécuritaire reconnue

Le Maroc figure aujourd'hui parmi les partenaires les plus sollicités en matière de coopération sécuritaire.

Son expérience dans la lutte contre le terrorisme, le démantèlement de réseaux criminels transnationaux, la prévention de la radicalisation et le partage de renseignement est régulièrement saluée dans le cadre de coopérations bilatérales et multilatérales.

Cette reconnaissance ne repose pas sur un discours politique mais sur des résultats opérationnels observés depuis plusieurs années.

Les services marocains coopèrent étroitement avec leurs homologues européens, américains, africains et arabes dans le respect des cadres juridiques applicables.

Cette coopération constitue aujourd'hui l'un des piliers de la stabilité régionale en Méditerranée occidentale et au Sahel.

L'efficacité de cette architecture sécuritaire explique d'ailleurs la confiance renouvelée accordée au Royaume par un nombre croissant de partenaires internationaux.

Dans toutes les démocraties, les services de renseignement jouent un rôle essentiel dans la protection des populations face au terrorisme, au crime organisé, aux cybermenaces ou aux réseaux transnationaux.

Cette mission s'exerce toutefois dans un cadre juridique défini par les lois nationales et les engagements internationaux.

Le Maroc affirme inscrire son action dans cette logique de légalité, de responsabilité institutionnelle et de coopération internationale.

Aucune démocratie ne saurait durablement préserver sa sécurité sans institutions fortes.

Inversement, aucune politique de sécurité crédible ne peut s'affranchir des principes de l'État de droit.

Ces deux exigences sont complémentaires.

Une communication qui privilégie le spectaculaire

Au-delà du fond, cette nouvelle séquence illustre également une évolution du traitement médiatique des questions de cybersécurité.

Des dossiers extrêmement techniques sont souvent présentés sous une forme spectaculaire où l'effet d'annonce prend parfois le pas sur la démonstration.

Le recours systématique à des formules définitives — « preuve irréfutable », « au-delà de tout doute possible » — contraste avec la prudence qui caractérise habituellement les travaux d'expertise en matière cyber.

Dans ce domaine, les spécialistes privilégient généralement des niveaux de confiance, des probabilités d'attribution et des marges d'incertitude plutôt que des certitudes absolues.

L'enjeu dépasse finalement le seul cas du Maroc. Il concerne la crédibilité même du journalisme d'investigation.

Celui-ci tire sa force de la qualité de ses preuves, de la transparence de sa méthode et de sa capacité à distinguer les faits des hypothèses.

Lorsqu'une enquête repose principalement sur des témoignages invérifiables, des raisonnements indirects ou des déductions insuffisamment corroborées, elle s'expose inévitablement à la contestation.

En matière de cybersécurité comme en matière judiciaire, la conviction ne remplace jamais la preuve.

Et dans une démocratie attachée aux principes de l'État de droit, c'est précisément cette exigence de preuve qui demeure la meilleure garantie contre les procès d'intention comme contre les condamnations médiatiques prématurées.