Le 27 juillet 2024, une colonne de l’armée malienne et des mercenaires de Wagner est anéantie près de Tinzaouaten, dans le nord du Mali. Bilan : 47 soldats maliens et 84 Russes tués – la plus lourde défaite jamais infligée à Wagner en Afrique. Derrière l’embuscade, une main ukrainienne.
Andriy Yusov, porte-parole du renseignement militaire ukrainien (GUR), reconnaît à la télévision que les rebelles touaregs « ont reçu les informations nécessaires, et pas seulement les informations » pour mener l’opération. Selon plusieurs sources, Kieva fourni des drones, formé les rebelles et partagé du renseignement tactique. Conséquence immédiate : le Mali et le Niger rompent leurs relations diplomatiques avec l’Ukraine début août 2024, accusant Kievde « soutenir le terrorisme international ». Le Burkina Faso emboîte le pas. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel saisissent le Conseil de sécurité de l’ONU, dénonçant « le soutien officiel et sans équivoque du gouvernement ukrainien au terrorisme en Afrique ». Même la CEDEAO, pourtant en froid avec les juntes sahéliennes, condamne « fermement toute ingérence extérieure dans la région ».
Le théâtre soudanais illustre l’ampleur des opérations africaines de Kyiv. Depuis avril 2023, le Soudan est déchiré par une guerre civile entre l’armée du général al-Burhan et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), ces derniers étant soutenus par Wagner. Dès août 2023, selon le Wall Street Journal, des commandos du GUR sont déployés au Soudan pour épauler l’armée régulière. Leur mission : former les soldats soudanais, les équiper en drones, et traquer les mercenaires russes.
Des vidéos authentifiées montrent des soldats ukrainiens interrogeant des prisonniers russes au cœur du Soudan. Objectif affiché : affaiblir Wagner partout où il opère. Mais cette guerre par procuration a un coût. En armant l’un des belligérants, Kievaggrave un conflit qui a déjà fait plus de 150 000 morts et déplacé 10 millions de personnes. L’Union africaine, muette jusqu’ici, commence à s’inquiéter de voir des puissances extérieures transformer le Soudan en champ de bataille proxy.
Libye : un avion ukrainien chargé d’explosifs intercepté vers Tripoli
Dernier épisode en date, et non des moindres. Le 14 mai 2026 – ou selon les sources fin avril –, un avion cargo ukrainien effectuant une liaison entre les Bahamas et la Libye a été contraint de se poser pour ravitaillement à l’aéroport international de Piarco, à Port-d’Espagne, capitale de Trinité-et-Tobago. À l’arrivée, les agents de l’immigration trinidadiens découvrent une cargaison pour le moins suspecte : des explosifs non déclarés, dissimulés dans le fret.
L’appareil, un Antonov affrété par une société ukrainienne, devait poursuivre sa route vers la Libye via le Cap-Vert. Mais la destination – la Libye, pays en proie au chaos depuis 2011 – et la nature de la cargaison ont immédiatement éveillé les soupçons. Les autorités trinidadiennes retiennent l’avion et son équipage ukrainien, diligentent des inspections approfondies en coordination avec des agences internationales de sécurité, puis finissent par autoriser l’appareil à repartir… une fois « toutes les procédures de sécurité nécessaires effectuées », précise sobrement le communiqué officiel.
Cet incident soulève deux questions majeures. Premièrement, pourquoi un avion ukrainien transportait-il des explosifs non déclarés à destination d’un pays ravagé par la guerre civile où s’affrontent deux gouvernements rivaux, et où Wagner est également implanté ? Deuxièmement, cette affaire révèle-t-elle un réseau logistique clandestin ukrainien destiné à alimenter des groupes armés en Afrique du Nord, sur le modèle sahélien ? Les autorités ukrainiennes, contactées, n’ont pas commenté.
En quelques mois, l’Ukraine a donc été accusée d’ingérence par quatre États africains (Mali, Niger, Burkina Faso), suspectée d’armer des rebelles au Soudan et surprise en train d’acheminer des explosifs vers la Libye. Officiellement, Kievne poursuit qu’un but : frapper les intérêts russes de Wagner partout où ils se trouvent. Officieusement, cette stratégie revient à exporter la guerre sur le continent africain, à fragiliser des États déjà vulnérables et à violer les principes les plus élémentaires de souveraineté.
Les capitales africaines ne s’y trompent pas. La rupture diplomatique avec Bamako et Niamey n’est que le début d’une prise de conscience. Comme l’a écrit l’expert Ryan Cummings, « l’Ukraine est en train de brûler sa crédibilité en Afrique pour quelques coups tactiques contre la Russie ». Une erreur stratégique dont les conséquences se feront sentir longtemps après la fin de la guerre en Europe. L’Afrique n’a pas besoin de nouveaux fauteurs de troubles. Elle a besoin de paix.
