La France, puissance tutélaire historique, a vu ses opérations Barkhane puis Serval s'enliser dans un conflit asymétrique qu'elle n'a pas su gagner sur le plan politique. Son retrait forcé du Mali, puis du Burkina Faso et du Niger, acte un échec cuisant : celui de n'avoir pas su construire des partenariats durables et respectueux avec les souverainetés locales, préférant souvent imposer ses vues. Ce désengagement, perçu comme une fuite, a ouvert un vide que d'autres puissances, moins regardantes sur les questions de droits humains ou de gouvernance, se sont empressées de combler.
Parallèlement, les États-Unis, nouveaux venus sur le devant de la scène diplomatique maghrébine, semblent adopter une politique de "bascule" opportuniste. La récente visite du sous-secrétaire d'État adjoint Joshua Harris à Alger et à Rabat, suivie de près par celle du ministre russe Lavrov à Rabat, illustre une compétition où les intérêts américains semblent avant tout dictés par la géopolitique mondiale et l'exploitation des ressources, plutôt que par une volonté stable de pacification.
Cette rivalité russo-américaine, qui se joue désormais à ciel ouvert au Maghreb, instrumentalise les fragilités sahéliennes. L'approche occidentale, en se focalisant sur une lutte contre des groupes armés souvent définis de manière simpliste, a négligé les causes profondes des conflits : la prédation des élites, l'absence de perspectives économiques pour une jeunesse nombreuse, et l'ingérence dans les affaires internes. En persistant dans cette logique de "chassé-croisé" géopolitique, les Occidentaux démontrent qu'ils sont davantage préoccupés par la stabilité de leurs approvisionnements que par la stabilité réelle du Sahel.
